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Quand les jeunes nous entraînent. Lettre pastorale d'après-synode |
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Quatre mois ont passé depuis la Pentecôte, depuis « Esprit de fête », la journée de clôture du synode des jeunes. En ce début d'une nouvelle année scolaire, qu'en reste-t-il ? Dans le cœur des 1 500 jeunes qui étaient à Gravelines et des adultes qui les accompagnaient dans leur démarche, le souvenir d'un grand moment d'Église mêlant la réflexion, la détente et la célébration... Dans quelques lieux symboliques du diocèse, quelques arbres distribués ce jour-là, plantés solennellement, qui prennent maintenant racine... |
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Et puis une parole: celle des jeunes glanée pendant 18 longs mois, engerbée en un texte qu'ils ont appelé « inventons l'avenir ». Une parole pleine de confiance en ce qui existe déjà, et en tous les possibles... |
Inventons |
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Cette parole des jeunes, un signe du seigneur |
Dans la lettre que nous adressions aux jeunes en janvier 2001, nous leur disions notre confiance en leur créativité et en leur enthousiasme.
Nous n'avons pas été déçus ! Nous leur demandions de prendre la parole, de nommer ce qui fait leur vie de jeunes adultes, de faire des propositions à notre diocèse, ils l'ont fait. Leur parole est libre et appelante. Elle nous interroge.
Mille jeunes adultes se sont attelés à la rédaction des « cahiers verts », seuls ou en équipes, pour dire Église qu'ils vivent, celle qu'ils attendent. lis viennent de tous les horizons : jeunes en mouvements, en aumôneries, groupes paroissiaux formels ou informels, groupes de prière, communautés nouvelles... La convergence de leurs attentes dépasse la diversité de leurs origines et de leurs engagements.
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Église |
Dans leur parole, pas de revendications catégorielles, pas de repli identitaire, aucune volonté de prouver que telle ou telle forme Église est meilleure qu'une autre... mais quelques appels forts en vue d'une autre manière de vivre Église, de la vivre ensemble en vue du bien de tous... Nous y voyons une trace de l'Esprit du Seigneur qui construit l'unité dans la diversité... Par eux, le Seigneur nous fait signe. |
La parole des jeunes nous est maintenant confiée, comme une graine plantée dans la terre de notre diocèse. Disciples du Christ de toutes générations, nous en sommes responsables.
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Une parole de jeunes, parole Église |
Leur parole de jeunes adultes rejoint des textes qui fondent, depuis Vatican II, la mission de Église
Lorsqu'ils nous disent « accueillez nous tels que nous sommes », lorsqu'ils nous partagent leur désir de trouver avec d'autres le sens de leur vie, comment ne pas entendre dans leur langage ce que les Pères du Concile écrivaient en préambule de Gaudium et Spes : « Le genre humain vit aujourd'hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides... ils rejaillissent sur l'homme lui-même, sur ses jugements, sur ses désirs, individuels et collectifs, sur ses manières de penser et d'agir, tant à l'égard des choses qu'à l'égard de ses semblables... une véritable métamorphose sociale et culturelle dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse.
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Au
devant |
Lorsqu'ils évoquent leur « souci des absents », leur désir d'aller de l'avant dans le partage avec ceux qui sont loin de Église, de la foi qui les fait vivre, comment ne pas entendre encore ce que le Pape Jean-Paul II écrivait dans l'encyclique Redemptoris Missio : « Dans l'histoire de l'Église, en effet, le dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité, de même que son affaiblissement est le signe d'une crise de la foi ». Bien plus qu'on ne pense, les générations se rejoignent dans une même volonté missionnaire dès lors qu'elles laissent voir le visage du Christ. |
Les jeunes générations savent bien que la foi s'affermit lorsqu'on la donne. Bien plus qu'on ne pense, nos plus jeunes frères et sœurs savent que « c'est en devenant missionnaire que la communauté chrétienne pourra dépasser ses divisions et ses tensions internes et retrouver son unité et la vigueur de sa foi ».
Mais ils découvrent, comme leurs aînés avant eux, que ce n'est pas chose facile. Ils souffrent d'être un petit nombre, de l'indifférence et des jugements critiques des autres, jeunes ou adultes. lis savent bien que la foi n'est pas une évidence et que ce n'est pas facile de croire. Leur souci d'aller à la rencontre de ceux qui « frôlent l'Église » s'est heurté à des difficultés. Cependant, loin de se replier sur eux-mêmes ils veulent rencontrer « les hommes au milieu desquels ils vivent, et engager conversation avec eux ». Dans les multiples rencontres et engagements qu'ils vivent, ils sont bien conscients de recevoir de la vie des autres, autant de ceux qui croient que de ceux qui ne partagent pas leur foi. Leur vie affective, leurs choix éthiques, leurs engagements professionnels, sociaux, humanitaires et politiques sont mis ou remis en question, souvent aiguillonnés. Comment ne pas se réjouir quand, au bout de 18 mois, leur goût de la rencontre et de la mission demeure et qu'il s'accroît même... Oui, leur volonté stimule la nôtre.
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Besoin |
Lorsqu'ils nous demandent à « être accompagnés » dans leur aventure humaine et spirituelle, lorsqu'ils demandent des frères aînés comme compagnons de route, nous croyons avec eux que « dans l'Église, la confiance totale dans la fidélité inconditionnelle de Dieu à sa promesse va de pair avec la grave responsabilité de coopérer à l'action du Dieu qui appelle, de contribuer à créer et à maintenir les conditions dans lesquelles le bon grain, semé par Dieu, peut prendre racine et porter des fruits abondants ». |
Leur besoin d'accompagnateurs aînés nous pousse à ne jamais cesser de prier le Maître de la moisson afin qu'il envoie des ouvriers à sa moisson, et à nous sentir, chacun pour notre part, responsables de l'appel à toutes les formes de vocations.
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Recentrer |
Lorsqu'ils nous invitent à « nous recentrer sur le Christ », à « retourner à la source », c'est parce qu'ils pressentent bien que « la tentation existe de réduire le christianisme à une sagesse purement humaine ». Ils savent bien - parce qu'ils l'expérimentent - que dans « un monde fortement sécularisé, est apparue une sécularisation progressive du salut, ce pourquoi on se bat pour l'homme, certes mais pour un homme ramené à sa seule dimension horizontale ». Alors ils nous provoquent et ils ont bien raison. Ils nous posent une question. Elle est incontournable: à quel puits va s'abreuver notre Église diocésaine ? Qui est la source de tous nos engagements ? |
Lorsqu'ils nous demandent de les « mettre en responsabilité », ils sont déjà en train de répondre à des appels que notre Église s'évertue à transmettre depuis le Concile. « Chacun doit, selon ses capacités et sans aucune hésitation, s'engager dans la voie de la foi vive qui éveille l'espérance et opère par la charité ». lis voudraient ébaucher, pour aujourd'hui, des réponses aux questions que nous nous posons depuis longtemps. Allons-nous rester sourds aux réponses que le Seigneur suscite chez eux ?
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Parler |
Lorsqu'ils nous appellent à « parler plus simplement », à mieux communiquer, ils nous pressent - eux qu'on appelle maintenant les « sentinelles du matin » - à mieux traduire la foi dans ce siècle naissant, à ajuster notre parole de croyants aux cultures nouvelles. Le Concile nous a ouvert des portes : il ne faut pas les refermer. Les jeunes générations savent bien qu'il ne s'agit pas « d'évangéliser de façon décorative, comme par un vernis superficiel, mais de façon vitale, en profondeur et jusque dans leurs racines la culture et les cultures de l'homme ». |
Ils savent bien aussi que l'homme contemporain croit plus les témoins que les maîtres, l'expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories. lis savent bien, et nous provoquent à en vivre aussi, que la « première forme de la mission, le témoignage de la vie chrétienne est irremplaçable, et que dans bien des cas, c'est même la seule forme d'être missionnaire ».
Oui, leur parole est surprenante. D'une manière étonnante, elle rencontre et atteste la parole d'autres générations de croyants, comme elle sera rencontrée et attestée sans doute, dans quelques années, par la parole de leurs enfants. Elle s'inscrit dans une logique de fidélité créatrice, c'est à dire dans une logique de vraie Tradition de Église
En ce début de XXe siècle, la parole de nos jeunes frères et sœurs accroche l'exigence de la mission aux besoins de notre temps. Elle nous pousse en avant.
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Nous mettre en état d'écoute, d'accueil et de conversion |
Dans la lettre qui ouvrait le synode, nous leur disions « qu'il ne s'agissait pas de faire une Église des jeunes, marginalisée, mais de leur donner la parole pour apporter à tous la vigueur de leur foi ».
Nous avons la conviction que nous avons besoin de recevoir l'Évangile de la bouche des plus jeunes pour rajeunir nos communautés et notre vie de chrétiens. Par le synode qu'ils ont vécu, ils apportent maintenant aux mouvements et à nos engagements de solidarité, aux services caritatifs et humanitaires, toute la richesse d'une autre vision de la vie. Pour la partager avec tous.
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Un
nouveau |
Leurs attentes apportent une énergie nouvelle, l'enthousiasme de la foi, le désir de trouver dans Église l'Évangile vécu. Beaucoup seraient déçus - ils le disent - si maintenant notre Église diocésaine ne trouvait pas une nouvelle ferveur, et des signes tangibles de renouvellement. Nous ne pouvons pas prêcher la conversion sans nous convertir nous-mêmes chaque jour, sans changer nos habitudes, modifier l'exercice des responsabilités dans les paroisses, les partager pour que Église devienne un chantier commun. |
Au moment où beaucoup de groupes Église s'interrogent sur leur avenir et déplorent le faible renouvellement de leurs membres actifs, cette invitation à la conversion doit se doubler d'audace. C'est l'heure de la confiance aux jeunes, de les appeler à des responsabilités, de leur ouvrir l'espace pour que jaillisse la nouveauté.
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Qu'allons- |
La parole qui a germé tout au long de ce synode, il faut maintenant que nous nous décidions à l'accueillir, à la laisser prendre racine et grandir. Ce que les jeunes ont dit pendant les dix-huit mois de ce synode ne leur appartient plus. C'est tout le diocèse qui en est responsable, toutes les générations. Cette parole, parce qu'elle parle de nous tous, doit nous mettre en mouvement, en conversion de cour et de pratiques. |
Cette parole, partagée au Pape Jean-Paul II à Rome en juillet dernier par une petite délégation et encouragée par lui, doit maintenant « porter du fruit, et du fruit qui demeure ».
Nous savons bien, comme vous, que cette parole de jeunes est forte et exigeante, dérangeante parfois. L'incertitude de leur formulation les doutes et les questions qu'ils nous partagent sans réserve nous bousculent souvent... Mais nous avons la conviction que leurs interpellations peuvent - si elles sont accueillies en vérité - faire avancer des choses et ouvrir un nouvel avenir pour nos communautés chrétiennes.
Paul VI parlait aux responsables de Église d'un pays africain d'une « nécessaire incubation du mystère chrétien dans le génie de votre peuple ». II y a maintenant chez nous nécessité d'une véritable incubation de la parole des jeunes générations dans nos traditions diocésaines !
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Accueillir cette parole comme une Bonne Nouvelle |
Au début de cette nouvelle année, nous appelons donc toutes les communautés chrétiennes du diocèse (paroisses, mouvements, aumôneries, services, conseils en tous genres...) à prendre du temps pour lire, relire et travailler avec des jeunes le texte « inventons l'avenir », et à chercher ce qui serait à transformer, aménager, imaginer, et à réaliser pour que l'inter-générations et la mise en responsabilité des plus jeunes ne soit plus un vœu pieux. Nous appelons chaque communauté chrétienne du diocèse à l'audace d'initiatives nouvelles. Nous savons que bien des choses se vivent dès maintenant. Et nous nous en réjouissons". Allons maintenant et sans attendre plus loin, et plus en profondeur.
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L'audace |
A la fin du synode, nous avons donné des orientations pour la pastorale des jeunes de notre diocèse. Déjà des choses se dessinent. Dans chaque zone pastorale, des équipes de coordination se mettent en place ou se réorganisent. Le carrefour diocésain verra bientôt le jour... Oui, ce synode est une bonne nouvelle. Une occasion de rendre grâce. |
En lisant cette lettre pastorale, on se dira peut-être : « voilà encore un dossier à traiter »... Il faut que nous sortions de cette logique administrative ! Les chantiers que nous ouvrons depuis quelques années et auxquels chacun est invité à s'associer ne sont pas comme autant de dossiers qu'il faudrait considérer les uns après les autres, les autres chassant les uns. Les questions concernant les restructurations paroissiales, la pastorale de proximité, des banlieues, du mariage, le synode des jeunes - et bientôt d'autres questions - sont toutes liées les unes aux autres. Elles se fécondent mutuellement, elles s'enrichissent.
A travers elles, nous cherchons ensemble comment mieux dire aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui la proximité de ce Dieu qui fait notre joie et qui dessine en Jésus-Christ, les contours d'une humanité renouvelée.
à
Lille, en la fête de Sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions, le 1er
octobre 2002.
+ Gérard Defois + Jean Luc Brunin ,
évêque
de Lille
évêque auxiliaire