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L'ÉGLISE VIT DE L'EUCHARISTIE |
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Présentation de l'encyclique |
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L'encyclique du Pape Jean-Paul II nous donne l'occasion de faire le point sur notre pratique de l'Eucharistie dans le diocèse. Trente ans après le Concile, vous n'êtes pas sans avoir remarqué des changements importants dans ce domaine et, de plus, la responsabilité croissante prise par des équipes liturgiques, les modifications architecturales des églises, le renouvellement des chants, la recherche d'une meilleure participation des fidèles, la montée des chorales, le retour des servants d'autel, etc. Plus largement, je soulignerai : - la baisse de la pratique hebdomadaire régulière, mais aussi une fréquentation très nombreuse aux grandes fêtes ou lors d'évènements familiaux : baptêmes, mariages, sépultures. - la multiplication des célébrations eucharistiques dans certaines occasions, alors qu'autrefois on aurait eu des vêpres, un chapelet, un chemin de croix ou un salut du saint Sacrement. - la fatigue de certaines équipes liturgiques qui ne savent pas comment se renouveler; ou des aînés qui se désolent de ne pas savoir "attirer les jeunes". - le fait que toute l'assistance aille communier, au point que ceux qui n'y vont pas se sentent exclus. Ainsi le choix n'est plus possible. Des divorcés-remariés communient sans problème. Des non-baptisés communient sans vraie connaissance de ce qu'ils font. - Nous avons eu des débats et des difficultés à propos des célébrations eucharistiques lors des sépultures, les uns y tenant particulièrement, d'autres ne s'apercevant même pas qu'il n'y avait pas eu d'eucharistie, c'était une belle "messe".. - des jeunes disent leur malaise devant les célébrations régulières qui leur semblent tristes et sans prise sur leur réel, d'autres constituent des équipes d'animation de messes, d'autres sont heureux d'être servants d'autel, d'autres reprennent goût à la foi et à la prière dans le silence et dans l'adoration du Saint Sacrement. Cela ne peut être vu par nous uniquement sous une forme négative de regret du passé qui, sous des apparences de nombre et de régularité, n'était pas pour autant parfait. C'est pour moi un appel à redécouvrir le sens de l'Eucharistie selon l'évangile et la tradition théologique de l'Église, l'occasion d'un approfondissement positif et d'une redécouverte de l'eucharistie. Sans vouloir revenir à une conception liturgique classique ou totalement neuve, il me semble qu'il nous faut prendre conscience de déformations de notre pratique du sacrement de l'Eucharistie. Le pape le dit: "Parfois se fait jour une compréhension très réductrice du Mystère eucharistique. Privé de sa valeur sacrificielle, il est vécu comme s'il n'allait pas au-delà du sens et de la valeur d'une rencontre conviviale et fraternelle... L'Eucharistie est un don trop grand pour pouvoir supporter des ambiguïtés et des réductions". (N°10) Introduction de l'encyclique : Le Pape, dont l'encyclique reflète les informations mondiales (U.S.A., Inde, Amérique Latine), relève différentes formes de "réduction" du sens de l'Eucharistie : - une banalisation sous la forme d'une rencontre fraternelle, qui en resterait à la bonne ambiance conviviale, évacuant le centre de l'eucharistie qui est une célébration du Christ sauveur et pas seulement du "vécu" de l'homme. Dans cette ligne l'abandon, parfois, du sens du sacré et de la mémoire du sacrifice du Christ. - la tendance à remplacer l'eucharistie par des rencontres œcuméniques dans certains pays, et d'accepter l'intercommunion réciproque par souci de rapprochement immédiat et affectif avec les frères séparés. Dans cette ligne il y a un flou sur le contenu de la foi en l'eucharistie et sur le ministre de l'eucharistie. Je ne vois pas dans le diocèse de dérives importantes en ces deux points, mais il est utile néanmoins de réfléchir avec toute l'Église sur la qualité et la vérité de notre vie eucharistique. D'autant que le Pape n'entend pas en rester aux dénonciations, c'est par un approfondissement de la conscience eucharistique de l'Église que nous retrouverons toute la grandeur du don de Dieu. Il s'appuie sur ce point sur sa vie personnelle et il s'implique : "L'Église naît du mystère pascal. C'est précisément pour cela que l'Eucharistie, sacrement par excellence du mystère pascal, a sa place au centre de la vie ecclésiale...(n°3). Quand on célèbre l'Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient d'une manière quasi tangible à son heure, l'heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure (n° 4). Et Jean-Paul II de redire : "L'Église vit du Christ eucharistique, par lui elle est nourrie, par lui elle est illuminée...Chaque fois que l'Église la célèbre, les fidèles peuvent en quelque sorte revivre l'expérience des deux disciples d'Emmaüs :"Leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent" (Luc 24,31) (n°6). On le voit ici, Jean-Paul II insiste sur le mystère de la foi parce que l'Église vit de l'eucharistie comme d'une source de son être et pas seulement l'expression ou la mise en commun de son action. Si l'eucharistie naît du mystère pascal, c'est à un homme engagé totalement dans cette logique pascale qu'elle s'adresse pour lui apporter les fruits du salut que nous ont valu la Passion et la Résurrection du Christ. L'alliance qui réunit le peuple de Dieu fait de celui-ci un peuple lié au Christ dans l'offrande de lui-même au Père pour le salut de ses frères, et cette relation spirituelle à Jésus est le nœud fondateur de l'assemblée eucharistique. Chapitre 1 : le Mystère de la Foi. Au cours de la célébration eucharistique, tous nous chantons : "Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ton retour dans la gloire". Cela dit combien le don que Jésus fait de lui-même est au centre de notre rencontre. Et cela est dit au présent et n'est donc pas un simple rappel du passé, un souvenir de l'offrande faite hier. "Dans l'Eucharistie, dit le Pape, il nous montre vraiment un amour qui va jusqu'au bout (cf.Jn 13,1), un amour qui ne connaît pas de mesure (N°11). Le don de lui -même à travers "le corps livré" et le "sang versé" a pour but le salut de la multitude et par là il devient sacrifice offert pour la vie du monde. Ce terme de sacrifice, ce qu'il évoque comme souffrance et douleur, comme monnaie d'échange pour racheter la liberté et l'innocence, heurte nos sensibilités modernes, sauf peut-être dans le sens d'un humanisme désacralisé, se sacrifier pour d'autres, ou d'une action de "kamikase" pour une Cause ou même un engagement politique à connotation religieuse, comme on le voit au Moyen-Orient. Pour le Christ, il y a là plus qu'une image qui, culturellement, pourrait être estimée dépassée, il y a une réalité historique et vive, dont nous partageons à chaque eucharistie le souffle et le sens. Il n'y a pas de vie chrétienne sans don de soi, sans offrande qui nous pousse à sacrifier quelque part de nous-mêmes pour communier à l'offrande de Jésus à son Père et à ses frères. "Faire mémoire du sacrifice du Christ", ce n'est pas seulement s'en souvenir, c'est rappeler qu'il est là pour reprendre avec chacun de nous ce dynamisme, cette logique du don de soi (de dépossession, de dé-centrement de soi et de ses intérêts) pour en faire une étape de communion à la Résurrection. La présence réelle du Christ dans l'eucharistie, la transsubstantiation du pain et du vin n'en font pas une chose statique. Comme pain de la route ("Lève-toi et mange, autrement le chemin sera trop long pour toi" (1 R 19, 7, cité au n°61), cette présence sacramentelle nous inscrit dans le mouvement eucharistique qui va de la passion à la Résurrection jusqu'à l'entrée du Seigneur en sa gloire. Cette dynamique de salut donne tout son sens au "sacrifice eucharistique" de Jésus. "L'efficacité salvifique du sacrifice se réalise en plénitude dans la communion, quand nous recevons le corps et le sang du Seigneur" (n°16). Il y aurait beaucoup à dire sur la façon, parfois irresponsable et désinvolte, dont nous pratiquons la communion, la faisons vivre aux enfants, dans une démarche quasi automatique et sans recueillement, d'autant que l'échange de paix est souvent vécu de façon anarchique et brise ainsi l'attention intérieure à la démarche de communion. Nous connaissons les paroles de Jésus qui, selon Saint Jean, lui ont valu des abandons de bien de ses disciples : "De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi" (Jn 6,57). Et Jésus de souligner : "Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson" (Jn 6,55). Et le Pape, à son tour, en citant Saint Éphrem : "Prenez et mangez-en tous, et mangez avec lui l'Esprit-Saint. C'est vraiment mon corps et celui qui le mange vivra éternellement" (homélie IV pour la semaine sainte). Cette participation à la vie éternelle ne nous éloigne pas de la terre, au contraire elle inscrit une tension eschatologique : elle nous donne "un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin...elle donne une impulsion à notre marche dans l'histoire, faisant naître un germe de vive espérance dans le dévouement quotidien de chacun à ses propres tâches...cela n' affaiblit pas, mais stimule notre sens de la responsabilité envers notre terre" (Gaudium et spes, n.39). Alors le Pape évoque les nombreux problèmes de la paix, de la solidarité, de la protection de la vie, de la mondialisation, pour conclure : "C'est dans ce monde que doit jaillir de nouveau l'espérance chrétienne! c'est aussi pour cela que le Seigneur a voulu demeurer avec nous dans l'Eucharistie, en inscrivant dans la présence de son sacrifice et de son repas la promesse d'une humanité renouvelée par son amour" (n°19-20). Jean-Paul II reprendra alors une citation de saint Jean Chrysostome: "Tu veux honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici, dans l'église, par des tissus de soie, tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements. Car celui qui a dit: Ceci est mon corps, et qui l'a réalisé en le disant, c'est lui qui a dit: Vous m'avez vu avoir faim, et vous ne m'avez pas donné à manger, et aussi: Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait(...). Quel avantage y a-t-il à ce que la table du Christ soit chargée de vases d'or, tandis que lui-même meurt de faim ? Commence par rassasier l'affamé, et avec ce qui te restera, tu orneras ton autel."(homélie sur l'Évangile de Matthieu 50, 3-4) Chapitre 2 : l'Eucharistie édifie l'Église. Nous avons vécu une période de l'histoire de l'Église où le catholique était considéré d'abord comme "celui qui va à la messe", et en retour, ne pas y aller c'était se couper de la communauté ecclésiale, on l'a vu en monde rural à propos de "faire ses Pâques". C'était la prescription de l'Église selon les actes du 2ème Concile de Latran (1215). Appartenance catholique et pratique eucharistique allaient de pair. Ce n'est pas encore totalement oublié, puisque des catéchumènes baptisés à la dernière vigile pascale nous ont dit aller depuis longtemps à la messe, pour l'un ou l'autre en y communiant déjà ! Et, tant les sociologues que les journalistes, lorsqu'ils parlent de déclin de l'Église n'ont comme repère que la pratique de l'eucharistie, oubliant la vie selon l'évangile et même le baptême. Il est sûr que le Peuple de la Nouvelle Alliance qu'est l'Église est particulièrement concerné par le sacrement de la Nouvelle Alliance "en mon sang", disait Jésus. Et l'encyclique précise: "L'Église se construit à travers la communion sacramentelle avec le Fils de Dieu immolé pour nous: Faites ceci en mémoire de moi...Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi". (n°21). "En s'unissant au Christ, le peuple de la nouvelle Alliance, loin de se refermer sur lui-même, devient "sacrement" pour l'humanité, signe et instrument du salut opéré par le Christ, lumière du monde et sel de la terre(Mt 5,13-16) pour la rédemption de tous"(n°22). Et, rappelant Vatican II, le Pape conclut : "Ainsi l'Eucharistie apparaît comme la source et le sommet de toute l'évangélisation, puisque son but est la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui avec le Père et l'Esprit Saint"(n°22). La vie en Église commencée par le baptême et la confirmation est renforcée par l'Eucharistie où prend corps le Christ dans le peuple de Dieu. Par là l'Esprit, comme dans l'épiclèse de l'eucharistie, vient animer et unifier la communauté en même temps qu'il sanctifie en corps du Christ le pain et le vin. Cf. les deux épiclèses de la prière eucharistique. Le don du Christ vient rejoindre nos désirs d'unité et de paix, il "élève l'expérience de fraternité inhérente à la participation commune à la même table eucharistique jusqu'à un niveau bien supérieur à celui d'une simple expérience de convivialité humaine" (n°24). C'est l'Église qui est là comme sacrement d'unité de l'homme avec Dieu et des hommes entre eux (L.G. n°1) : "Aux germes de désagrégation entre les hommes qui, à l'expérience quotidienne, apparaissent tellement enracinés dans l'humanité à cause du péché, s'oppose la force génératrice d'unité du corps du Christ. En faisant l'Église, l'Eucharistie crée proprement pour cette raison la communauté entre les hommes." (n°24). Le Pape souligne ensuite l'importance du culte rendu à l'Eucharistie après la célébration de la Messe. La foi en la présence réelle du Seigneur en dehors de la célébration dans le Saint-Sacrement est particulière à notre Église catholique. En conséquence nous avions développé un sens de l'adoration et du silence dans le bâtiment-église qui a quelque peu disparu, en particulier avant et après les célébrations, ceci dans le but d'établir des relations fraternelles et communautaires "faire connaissance" et pouvoir partager. Ce qui peut offrir matière à débat. Remarquons toutefois combien des jeunes, dans le climat de bruit et d'éparpillement de l'attention que nous connaissons, apprécient à Taizé par exemple, l'expérience du silence et de la prière de recueillement, pour se mettre en présence de Dieu. Chapitre 3. l'apostolicité de l'Eucharistie et de l'Église. Il y a une réciprocité entre l'Église et l'Eucharistie : une, sainte, catholique et apostolique: - à l'origine l'Eucharistie est confiée aux apôtres par le Christ, - nous la célébrons conformément à la foi des apôtres, même si au cours des temps le magistère a précisé la doctrine et ses interprétations. - l'eucharistie est remise aux successeurs des apôtres sans interruption et aux prêtres associés à leur ministère par l'ordination. En union avec le Pape et les évêques désignés par leur nom dans la prière eucharistique. A ce titre, l'encyclique souligne le lien particulier qui lie le prêtre et la célébration de l'eucharistie. Dès le début de l'encyclique Jean-Paul II notait très clairement à propos du ministre de l'eucharistie : "C'est lui qui prononce, avec la puissance qui lui vient du Christ du Cénacle, les paroles: «Ceci est mon corps, livré pour vous... Ceci est la coupe de mon sang, versé pour vous...» Le prêtre prononce ces paroles, ou plutôt il met sa bouche et sa voix à la disposition de Celui qui a prononcé ces paroles au Cénacle et qui a voulu qu'elles soient répétées de génération en génération par tous ceux qui, dans l'Église, participent ministériellement à son sacerdoce (n°5). C'est pour cela que lui seul doit dire les paroles de la prière eucharistique. C'est au nom de la mission apostolique exprimée et conférée par le sacrement de l'ordination que le ministre de l'Eucharistie, le prêtre, agit "in persona Christi", c'est-à-dire identifié au Christ lui-même dans l'acte et les paroles; avec le Christ, il est sujet et acteur de l'offrande comme le montrent bien les différentes prières eucharistiques, en particulier la troisième : "Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Église, et daigne y reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton Alliance; quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le Christ." L'apostolicité de l'Eucharistie est ici centrée sur la personne du prêtre, le don de l'eucharistie est reçu de la succession apostolique et dépasse radicalement le pouvoir de l'assemblée, qui accueille son ministre ordonné comme "un don qu'elle reçoit à travers la succession épiscopale qui remonte jusqu'aux Apôtres" ( n°31), et cette fidélité à la ligne des apôtres est "irremplaçable pour relier validement la consécration eucharistique au sacrifice de la Croix et à la dernière Cène" ( n°29). (Voir aussi le ministère ordonné selon le document œcuménique B.E.M.). En soulignant combien l'Eucharistie est "la raison d'être principale et centrale du sacrement du sacerdoce, qui est né effectivement au moment de l'institution de l'Eucharistie et avec elle"( n°31), le pape refuse la validité des célébrations de la Cène des réformés qui ne sont pas ordonnés; ils sont par leur conception du ministère en dehors de la succession apostolique. Jean-Paul II rappelle au prêtre l'importance de la célébration quotidienne de l'Eucharistie, -même dans une Église de campagne la messe a un caractère universel et cosmique, elle est célébrée sur "l'autel du monde"-, de même que celle-ci est l'expression la plus forte de l'identité d'une communauté de baptisés, d'une paroisse (n°32). chapitre 4 : l'eucharistie et la communion ecclésiale. "Durant son pèlerinage sur la terre, l'Église est appelée à maintenir et à promouvoir aussi bien la communion avec le Dieu Trinité que la communion entre les fidèles". (n°34). Comme sommet de la vie sacramentelle et de l'existence chrétienne, la communion eucharistique unit à la perfection la communion avec Dieu le Père, grâce à l'identification au Fils unique par l'action du Saint-Esprit. Nous sommes introduits dans le dialogue trinitaire par le Fils. Rappelons à ce sujet la spiritualité d'Elisabeth de la Trinité. Mais le Pape fait cette remarque : "la célébration de l'Eucharistie ne peut pas être le point de départ de la communion, qu'elle présuppose comme existante, pour ensuite la consolider et la porter à sa perfection" (n°35). Car elle présuppose "la communion dans la doctrine des Apôtres, dans les sacrements et dans l'ordre hiérarchique", ce qui est appelé la dimension visible et l'état de grâce, qui relève de l'invisible. Cet aspect relève de la conscience de celui qui veut vivre la communion et appelle le recours au sacrement de Pénitence. Rappelons ici les confessions à la veille de Pâques d'autrefois ou le refus de communier en état de "péché". La réconciliation est le préalable indispensable à la communion eucharistique. Ainsi l'Eucharistie demande pour être célébrée en vérité que soient respectés les éléments invisibles du cœur et de la conscience morale, mais aussi les éléments visibles ou extérieurs hors desquels, en particulier en ce qui concerne le baptême et le sacrement de l'Ordre, l'eucharistie ne serait pas célébrée en vérité :"le Sacrement de son corps et de son sang n'admet pas le mensonge" envers le Christ (n°38). Mais toute célébration dépasse la communauté ici rassemblée, "une communauté eucharistique ne peut se replier sur elle-même, comme si elle était autosuffisante, mais elle doit être en syntonie avec chaque autre communauté catholique" (n°39). C'est le risque de choisir sa messe, dans sa chapelle, son rite, son mouvement, sa génération, son style. Risque qui n'est pas vain chez nous. Il s'agit d'être en communion avec son évêque, principe visible et fondement de l'unité dans son Église particulière, et avec lui en lien avec le successeur de Pierre. Par là toute eucharistie est communion à l'universalité du Peuple de Dieu dans le monde. Ce qui demande une ouverture à la paix pour ne faire qu'un dans la solidarité baptismale du corps du Christ. Le dimanche est ainsi le Jour de l'Église où se manifeste l'unité et la communion; l'obligation de participer à l'eucharistie, à vivre cette communion universelle, s'impose toujours. Quant à la dimension œcuménique, elle doit nous préoccuper comme attente permanente de l'unité en totale vérité. Ce qui peut ouvrir des accueils eucharistiques pour des cas particuliers. chapitre 5 : la dignité de la célébration de l'eucharistie. Le parfum de Marie-Madeleine exprime l'admiration et l'adoration du corps de Jésus dont nous recevons par les paroles prononcées sur le pain et le vin des expressions concrètes de son corps livré et de son sang versé. Cela révèle le caractère précieux et respectable du pain et du vin consacré. Noter parfois les conditions regrettables de la façon dont on emporte l'hostie aux malades, les "boites" à médicaments, mises cavalièrement dans un sac ou une poche. La dignité de la liturgie doit signifier le don du Christ à son "épouse", son Église. "La liturgie chrétienne est née dans le sillage des paroles et des gestes de Jésus, développant l'héritage rituel du judaïsme" (n°48). Il s'agit d'un repas, un banquet "sacré", sacrificiel, marqué par le sang versé sur le Golgotha. En conséquence l'expression liturgique doit évoquer la grandeur de l'évènement célébré, et ne pas se simplifier au risque de banaliser la célébration en une rencontre "de copains". Ici le pape évoque tout ce qui a trait à l'art sacré en Orient, à partir de l'image du repas dans la représentation de la Trinité de Roublev : "une Église profondément «eucharistique», où le partage du mystère du Christ dans le pain rompu est comme immergé dans l'ineffable unité des trois Personnes divines, faisant de l'Église elle-même une icône de la Trinité" (n°50). Nous pouvons aussi retenir ici les retables des Flandres, inspirés par la Contre-Réforme, qui soulignent plus l'adoration que le repas. Ces temps-ci, autels cubes ! C'est la crainte de voir ce patrimoine appauvri par des pratiques "sauvages" ou des créativités "hors normes", qui amène Jean-Paul II à préciser : 1. "la liturgie célèbre la foi unique professée par tous et, étant l'héritage de toute l'Église, elle ne peut être déterminée par les Églises locales isolément, sans référence à l'Église universelle." (J.P. II Ecclesia in Asia n° 22, cité ici au n°51.) 2. le prêtre présidant l'Eucharistie "in persona Christi" et représentant le service de la communion universelle, il lui revient d'assumer la responsabilité de la liturgie et de la communion. 3. La liturgie n'est jamais la propriété privée de quelqu'un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés. Il s'agit de mettre en valeur un "témoignage de l'Église universelle", qui est rendue présente en toute célébration de l'Eucharistie. Toute Eucharistie est célébrée sur "l'autel du monde". Chapitre 6 : à l'école de Marie, femme "eucharistique" : Le Saint-Père établit un parallèle entre l'attitude de Marie avec le corps du Christ et le comportement des chrétiens d'aujourd'hui, entre le "faites ceci en mémoire de moi" de Jésus à la fin de la Cène, et le "faites tout ce qu'il vous dira" aux serviteurs lors des noces de Cana. Avant même l'institution de l'Eucharistie, Marie a accueilli en elle le corps de Jésus, le Verbe de Dieu pour l'Incarnation, ce qui s'est continué par la Passion et la Résurrection. "Le regard extasié de Marie, contemplant le visage du Christ qui vient de naître et le serrant dans ses bras, n'est-il pas le modèle d'amour inégalable qui doit inspirer chacune de nos communions eucharistiques ?", demande Jean-Paul II découvrant là sa spiritualité mariale. Il ajoute que "Marie a fait sienne, au côté du Christ et non seulement au Calvaire, la dimension sacrificielle de l'Eucharistie" (n°55). Marie vit une "eucharistie anticipée", une communion spirituelle de désir et d'offrande, avant la célébration eucharistique présidée par les apôtres en tant que "mémorial" de la passion. Il évoque aussi le "voici ta mère" de Jésus à saint Jean et le sens eucharistique du "Magnificat", en soulignant le lien du "binôme inséparable", Marie et Eucharistie. Conclusion : "Chaque jour, ma foi m'a permis de reconnaître dans le pain et le vin consacrés le divin Pèlerin qui, un certain jour, fit route avec les deux disciples d'Emmaüs pour ouvrir leurs yeux à la lumière et leur cœur à l'espérance" (Luc 24, 13-35). "Je donne mon propre témoignage de foi en la très sainte Eucharistie...Ici se trouve le trésor de l'Église, le cœur du monde, le gage du terme auquel aspire tout homme, même inconsciemment"(n°59). "Sous
les humbles espèces du pain et du vin, transsubtantiés en son corps et
en son sang, le Christ marche avec nous, étant pour nous force et
viatique, et il fait de nous, pour tous nos frères, des témoins d'espérance"
(n°62). |
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