« L’Eglise vit de l’Eucharistie »

 

 
Édito Église de Lille
Mgr Jean-Luc BRUNIN
  

Ce Jeudi Saint 2003, Jean Paul II nous a offert une lettre encyclique sur l’Eucharistie. La réception de cette méditation sur le mystère de l’Eucharistie est désormais l’affaire de chaque Eglise locale, en fonction de sa situation particulière. Pour servir cette réception, le père Defois et moi-même irons dans différents lieux du diocèse, proposer une catéchèse sur l’Eucharistie. Elle présentera les divers aspects de la réflexion du Saint-Père en les faisant valoir dans la situation particulière de notre Eglise à Lille. Pour vous donner le goût d’approfondir avec d’autres le sens de l’Eucharistie dans votre vie personnelle et dans la vie des communautés, je présente quelques aspects parmi d’autres, de cette lettre encyclique.

            Admirable sacrement

Le pape dit vouloir raviver en nous « l’admiration eucharistique ». Nos yeux et nos cœurs sont parfois usés par l’habitude au point d’en perdre le sens de l’émerveillement. Ce peut être vrai des prêtres à qui on demande de courir pour célébrer plusieurs fois sur une matinée du dimanche. Ce peut être vrai aussi de certains fidèles qui inscrivent la messe dans un agenda d’activités et ainsi la banalisent jusqu’à perdre de vue le caractère central de l’Eucharistie. Ce que l’Eglise y célèbre est-il encore, pour nous, objet d’émerveillement et d’admiration ?

            Sacrifice eucharistique

Le Saint Père nous invite à entrer dans l’intelligence du mystère eucharistique en redécouvrant sa dimension sacrificielle. Rien dans son propos ne vient légitimer ou encourager une vision du sacrifice qui soit passéiste, ritualiste, voire païenne. L’approche est toute entière portée par la dynamique du mystère de la foi faisant mémoire de la mort du Christ, célébrant sa résurrection et attendant son retour glorieux. Le sacrifice du Christ est le don de lui-même au Père en notre faveur et en faveur de toute l’humanité. Le mystère eucharistique nous le rend accessible.

« Ce sacrifice, écrit Jean Paul II, est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus-Christ ne l’a accompli qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents.» (§ 11). Nous sommes ainsi appelés à nous unir à l’offrande que le Christ fait de lui-même au Père, en faveur du salut de l’humanité. L’efficacité salvifique de ce sacrifice se réalise dans notre communion au Corps et au Sang du Seigneur. « Il est en mesure de sauver de manière définitive ceux qui, par lui, s’approchent de Dieu, puisqu’il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.» (Hébreux 7, 25)

            Une impulsion à notre marche dans l’histoire

Par le ministère apostolique, le mystère eucharistique rejoint les disciples du Christ au cœur de leur histoire. Cela leur permet d’assumer leur être au monde, tendus dans le mouvement d’offrande vers le Père et vers leurs frères. Le Saint Père insiste sur cette dimension : «  Cela n’affaiblit pas, mais stimule notre sens de la responsabilité envers notre terre. Je désire le redire avec force, pour que les chrétiens se sentent plus que jamais engagés à ne pas faillir aux devoirs de leur citoyenneté terrestre. Il est de leur devoir de contribuer, à la lumière de l’Evangile, à construire un monde qui soit à la mesure de l’homme et qui réponde pleinement au dessein de Dieu.» (§ 20)

            La place centrale de l’Eucharistie

Dans le prolongement de Vatican II, le pape rappelle que la célébration eucharistique est au centre du processus de croissance de l’Eglise. Mais si nous reconnaissons la place centrale de l’Eucharistie, c’est que celle-ci n’est pas exclusive. Il faut aussi pouvoir offrir dans la vie liturgique de nos communautés, d’autres temps et d’autres formes de célébration. Il n’est pas normal, par exemple, que les catéchumènes n’aient souvent, comme seule possibilité pour rejoindre la communauté chrétienne, que la messe du dimanche. Ne pourrait-on profiter des propositions de l’Année de l’Appel qui commence, pour offrir, dans le fil de la semaine, des temps de célébrations de la Parole, des moments de prière, des temps d’adoration eucharistique ? Il existe un champ de recherche et d’inventivité pour les équipes liturgiques. Il n’est pas nécessaire de célébrer une messe chaque fois que des chrétiens se rassemblent. On risquerait de banaliser et de perdre de vue la place centrale de l’Eucharistie.

   Ne réduisez surtout pas l’encyclique Ecclesia de Eucharistia aux quelques aspects que je viens d’évoquer trop rapidement. Jean Paul II aborde d’autres dimensions aussi essentielles que l’ecclésialité ou la communion. Il faut aussi mentionner les rappels disciplinaires concernant les formes de la célébration, la présidence de l’Eucharistie et le problème de l’inter communion. S’adressant à l’Eglise universelle, le Saint Père ressaisit dans cette lettre, à travers l’ensemble des continents, l’ensemble des pratiques jugées déviantes au regard de la Tradition. Grâce à Dieu, il ne semble pas que de telles pratiques existent dans notre diocèse. Que ces remarques plus juridiques ne nous empêchent pas  de « recevoir » la richesse et la profondeur de la méditation du Saint Père. Il nous aide à redécouvrir que « l’Eglise vit de l’Eucharistie ».

+ Jean-Luc BRUNIN