Qu’est-ce
que
la nullité d’un mariage religieux ?
Validité du mariage
La
validité du mariage religieux repose sur le
consentement libre donné à l’autre
conjoint, devant Dieu, lors de la célébration.
Il peut arriver que, malgré les apparences, il manque
quelque chose à cet
engagement. On dira alors que le mariage est invalide (ou
nul) :
Le consentement
n’était pas totalement libre à cause
de :
- Une pression familiale ou autre.
- La prédominance d’une autre
motivation (échapper à sa famille ou sa situation
personnelle, acquérir une situation professionnelle ou
certains revenus…)
- Un chantage sur l’autre conjoint si le
mariage ne se faisait pas (suicide ou autre).
- Un mariage précédent valide
aux yeux de l’Église catholique (comme celui
d’un non catholique marié avec un conjoint non
catholique dans une autre religion).
L’un des conjoints
a refusé l’un des éléments
essentiels du mariage :
- Pas d’engagement à la
fidélité, se réservant le droit
à quelques écarts.
- Pas d’engagement à
l’unité, gardant quelque ancienne relation.
- Pas d’engagement à
l’indissolubilité : si ça
marche pas, on divorce !
- Pas d’ouverture à la
procréation en refusant d’avoir des enfants.
- Pas de mariage du tout : mais la
nationalité, le permis de séjour etc.
L’un des
conjoints n’était pas capable, à
l’époque
du mariage, de s’engager dans une union stable pour toute sa
vie :
- Par son manque de maturité
nécessaire pour envisager l’avenir.
- Par son incapacité à
s’adapter à une autre situation que sa famille
d’origine.
- Par un grave déséquilibre de
sa personnalité (alcool, drogue…).
- Par des problèmes
d’identité sexuelle.
Ce sont quelques exemples parmi
d’autres. Voir plus loin des
récits proches de faits réels.
L’enquête de
l’Église
Elle
est réalisée par
l’Officialité (ou Tribunal
ecclésiastique). Un juge
ecclésiastique (généralement
prêtre) reçoit les
intéressés et leurs proches, un
par un, d’une manière totalement confidentielle.
En leur posant des questions
adaptées, il cherche à cerner les circonstances
du mariage pour savoir s’il
existe, ou non, un ou plusieurs motifs de nullité
prévus par le droit de
l’Église (droit canonique). À la fin de
l’enquête, il remet le dossier,
contenant le texte des entretiens, à l’avocat
ecclésiastique qui soulignera les
éléments en faveur de
l’invalidité, puis au défenseur du lien
conjugal qui
soulignera les éléments en faveur de la
validité. C’est alors que le
“Tribunal”, composé du juge
enquêteur et de deux adjoints, prendra la
décision.
Si le mariage est déclaré invalide,
l’ensemble du dossier est transmis à un
deuxième tribunal pour vérification. Ensuite, la
sentence est définitive si les
deux officialités ont émis le même
jugement, sinon elle est transmise au
Tribunal du Pape, la Rote.
L’enquête et le jugement
s’étalent habituellement sur une
durée de 12 à 18 mois. C’est souvent le
manque d’enthousiasme des témoins qui
ralentit le processus. Ce peut être aussi le grand nombre de
causes à un moment
donné ou la difficulté du cas. C’est la
garantie d’une justice sérieuse. Dans
quelques cas rares, parce qu’évidents, le jugement
peut intervenir plus
rapidement. Une participation financière est
demandée : chacun donnera
suivant ses possibilités après avoir
expliqué sa situation financière.
Pour entamer la procédure, il faut
rencontrer un avocat
ecclésiastique qui aidera à préparer
le dossier et à voir s’il peut être
présenté : sérieux des
arguments, preuves suffisantes, témoignages
crédibles etc. C’est toujours une
épreuve, car il s’agit de revenir sur des
événements douloureux que l’on
préfère oublier. Mais c’est la
condition pour
reconstruire autre chose.
Notons que
l’Église ne fixe pas de délais pour
“attaquer” la validité d’un
mariage :
elle enquête parfois sur des mariages vieux de 30 ou 40 ans,
même si les
preuves sont évidemment plus difficiles à
réunir.
Il ne faut
pas oublier la place des enfants, s’il y en a. Ils ont
déjà souffert du
divorce. L’invalidité du mariage de leurs parents
peut accentuer leur désarroi.
Il importe de leur faire comprendre qu’ils sont bien le fruit
de l’amour de
leurs parents, mais un amour qui n’a pu atteindre celui que
l’Église demande
aux époux chrétiens.
Enfin, il
faut, si possible, ne plus se souvenir de
l’atmosphère de la procédure du
divorce civil. Celui-ci repose sur la volonté d’un
ou des deux conjoints ou sur
des fautes graves commises par l’un ou les deux. Dans la
procédure de
déclaration de nullité d’un mariage
religieux, l’Église
s’intéresse
essentiellement à la façon dont le mariage a
été conclu. La vie conjugale
n’apparaît que si elle révèle
des éléments qu’on ne pouvait percevoir
au moment
du mariage. Très schématiquement (et donc
c’est un peu faux !), dans la
procédure du divorce civil, on
s’intéresse à la vie des
époux depuis le jour de
leur mariage jusqu’à celui de leur
séparation. Dans la déclaration de
nullité
d’un mariage religieux, on s’intéresse
à la vie des époux depuis le jour de
leur naissance jusqu’au jour de leur mariage.
Renseignements :
Officialité
de Lille (officialite-lille@wanadoo.fr
ou
03 20 74 28 91)
ou
l’officialité dont dépend son
diocèse, liste jointe
(on
peut aussi s’adresser à son
évêché : www.cef.fr.)
Quelques exemples de mariages
susceptibles d’invalidité
(les exemples partent
de faits réels, mais les prénoms sont
inventés)
1.
Monique
À
50 ans, j’étais une femme comblée.
Augustin, mon mari, avait une belle
situation et en était très heureux. Nous avons
cinq enfants qui ne m’ont jamais
fait regretter d’avoir abandonné ma vie
professionnelle.
Comme
les enfants avaient moins besoin de moi, je
m’étais engagée dans une association
d’aide aux femmes seules. C’est un grand lieu
d’échange qui oblige à se
remettre en question. Petit à petit, j’en suis
venue à me demander si Augustin,
que j’aimais vraiment, me rendait tout l’amour que
je lui portais. Les autres
femmes, bénévoles de l’association, me
parlaient de la complicité, de la
délicatesse de leur époux, même
à 50 ans. Les bénéficiaires de
l’Association
m’expliquaient ce dont elles rêvaient pour leur vie.
Un
soir, mon dernier fils, interrogeant son père sur son
prochain déplacement
professionnel, lui demanda ironiquement : et Flavie sera
là ? – Qui
est Flavie ? ai-je de suite
rétorqué ! Augustin se lança
dans une
explication confuse au sujet de cette collaboratrice. Nous ne pouvions
pas en
discuter devant notre fils.
Quand Augustin rentra de voyage,
j’abordais de nouveau la
question. Augustin fut franc : c’est dans son
caractère. Je poussais les
questions et Augustin avoua que quand il sortait avec
Flavie… Je le sommais de
choisir et il est parti. Nous sommes maintenant divorcés.
Augustin avait toujours été
comme il est maintenant. Je
me demande donc s’il ne me trompait pas
déjà pas au début de notre relation.
Un
ami m’a dit que j’avais une bonne chance
d’obtenir la nullité de mon mariage
puisque Augustin ne s’est pas engagé à
vivre dans la fidélité.
Effectivement,
le mariage exige l’engagement
à la fidélité. Mais c’est
une autre chose que l’adultère :
quelqu’un
peut s’engager à la fidélité
et ne pas la respecter (faiblesse, moment
d’égarement, succomber à la tentation
etc.). Dans ce cas, il n’y a évidemment
pas de nullité de mariage.
L’enquête portera sur
l’intention d’Augustin
au moment de se marier. Menait-il une vie droite ou au contraire
déjà pleine
d’aventures ? Avait-il changé de vie en
rencontrant Monique ?
Les
preuves pourront être difficiles à trouver,
surtout si le mariage est ancien.
2.
Élisabeth
J’avais 20 ans quand
j’ai fait la connaissance d’Édouard qui
lui en avait 32. Nos parents étaient en
relation d’affaires. Édouard souhaitait que je
sorte avec lui, mais, quand il
allait au théâtre ou dans les musées,
c’est une certaine Catherine qui
l’accompagnait. Comme moi, je n’aimais pas trop
ça, ça ne me faisait rien.
Au bout de 3 ou 4 ans,
mes parents m’ont posé la question sur mes
intentions vis-à-vis d’Édouard. Je
sentais aussi que ses parents exprimaient la même chose,
même Catherine que
j’avais fini par supporter. Nous nous sommes donc
fiancés. Et c’est à cette
époque que Catherine s’est mariée.
Peu
après, nous
nous sommes mariés et avons eu rapidement deux
garçons. J’étais comblée.
M’occuper des enfants, c’était le
rêve, surtout avec l’argent dont je
disposais. Édouard sortait toujours beaucoup. Je savais de
moins en moins ce
qu’il faisait. J’ai su un jour que Catherine avait
divorcé.
Un
été, six ans
après notre mariage, je devais partir en vacances avec les
enfants. Comme ma
voiture était en panne, Édouard m’a
prêté la sienne puisqu’il prenait
l’avion.
Un portable sonna dans la voiture ; je l’ai pris
sans faire attention :
c’était celui d’Édouard.
J’ai vu le message : Catherine lui fixait
rendez-vous dans un hôtel. J’étais hors
de moi. J’ai rappelé Catherine. Elle ne
s’est pas cachée pour me dire que leur liaison
durait depuis longtemps. Elle
voulait épouser Édouard, mais ses parents
s’y étaient opposés. Elle avait pris
le premier venu et en a été malheureuse. Depuis
son divorce, elle retrouvait
Édouard de temps à autre… comme avant
notre mariage, a-t-elle ajouté
cyniquement !
Édouard
m’a
épousée sans amour, alors que moi je
l’aimais. Il voulait avoir une jolie femme
à son bras, ce que n’était pas
Catherine. Mais c’est elle qui avait son cœur.
Il m’a joué une infâme
comédie. Ça ne peut pas être un
mariage. Maintenant que
j’ai rencontré un homme sincère, je
voudrais pouvoir l’épouser devant Dieu.
Effectivement, le mariage exige l’engagement
à l’unité. Il n’est
donc pas question d’avoir deux épouses en
même temps.
L’enquête portera donc sur l’intention
d’Édouard au moment de se marier. S’il
avait vraiment renoncé à Catherine et
qu’il ne l’a retrouvée que parce
qu’il était malheureux avec Élisabeth,
il n’y
aura pas de nullité. On revient au cas de Monique. Au
contraire, s’il n’avait
pas renoncé à Catherine, il y aura
nullité. L’enquête pourra être
difficile si
l’on ne découvre pas
d’éléments objectifs ou si les
personnes concernées se
taisent ou ne parlent pas franchement.
3. Julien
J’ai vécu une adolescence
très heureuse grâce une bande
de copains et copines du lycée. Le hasard des concours
m’a envoyé à l’autre
bout de la France avec Émilie et deux autres copains. Je
pressentais qu’Émilie
comptait pour eux. C’était la plus jolie fille du
lycée. Aussi, je fus très
surpris et très content qu’Émilie
veuille sortir avec moi.
Au
bout de trois ans, notre histoire a pris plus d’importance et
nous avons décidé
de ne plus louer qu’une seule chambre. Mes parents auraient
pu l’apprendre et
j’ai préféré prendre les
devants en leur annonçant notre intention de nous
fiancer. Je savais qu’Émilie leur plairait.
Deux ans plus tard, tout notre groupe du
lycée se
retrouva. Ce fut une grande fête joyeuse et Émilie
ne se gêna pas pour lancer
des invitations à notre futur mariage y compris à
Aurélien, le ténor du groupe.
À l’approche de notre mariage, Émilie
semblait très énervée. Pour un oui ou
non, elle appelait Aurélien sous le prétexte
qu’il sait tout faire.
Notre
voyage de noces fut une catastrophe. C’était la
première fois qu’Émilie et moi
étions en tête à tête si
longtemps. D’habitude, il y avait toujours les copains
de la fac pendant la semaine, et les familles, le dimanche.
Émilie n’était
jamais contente… sauf quand son mobile sonnait !
C’était son père,
disait-elle, qui expliquait l’avancement des travaux dans
notre appartement.
Au
retour, nous avons commencé à travailler
l’un et l’autre. Je rencontre
Aurélien, heureux de me dire qu’il a
trouvé du travail à Bruxelles. Émilie
y
allait régulièrement et elle ne m’avait
rien dit pour Aurélien. Je la
questionne. Elle demeure très évasive. Peu
après, elle repart à Bruxelles en
laissant une lettre où elle me dit ne m’avoir
jamais aimé. Elle a dû
m’épouser
à cause de nos parents qui nous ont fiancés trop
vite. C’est Aurélien qui est
l’homme de sa vie. Nous avons été
mariés, si l’on peut dire, trois mois !
Effectivement, le mariage
exige un
engagement pris librement. Parfois, les histoires
d’amour démarrent tôt, au
lycée par exemple. Petit à petit les familles,
les copains pensent que le
couple est formé. Et les jeunes gens sont comme
mariés même si la cérémonie
n’aura
lieu que des années plus tard. À
l’approche du mariage, si l’un ou l’autre
change d’avis, il se sent comme pris dans un engrenage et ne
peut plus reculer.
Sa liberté n’est plus totale.
L’enquête portera sur les intentions des jeunes
gens. Que cherchaient-ils réellement en
cohabitant ? se préparer au
mariage ou faire des économies de loyer ? Que
cherchaient-ils au moment du
mariage ? Un nouveau départ ou faire plaisir aux
parents ?
Savaient-ils clairement se parler de leurs intentions ? Les
éléments de
preuve seront des confidences faites à tel ou tel,
l’observation de l’évolution
de leur couple, la courte durée du mariage, l’aveu
des intéressés etc. Une
expertise psychologique n’est pas à exclure.
4.
Hélène
J’avais
rencontré Alexandre à
l’hôpital. Il était interne en
pédiatrie et moi,
orthophoniste. En discutant, je me suis aperçue que
c’est l’amour des enfants
qui nous avait fait choisir ces métiers. Alexandre ne
parlait pas
beaucoup : il était très
réservé. Il plaisait à mes parents
à cause de son
éducation, sa tenue, sa gentillesse, sa culture, sa foi
aussi. Nous sommes
d’une famille plutôt traditionnelle et ce sont des
valeurs auxquelles nous
sommes très attachés. Mes parents me
questionnaient souvent : il te parle
un peu de lui ? C’est vrai qu’il
était très discret. Mais j’avais un bon
contact avec sa famille. Nous nous sommes mariés :
il avait 32 ans et moi
30. Nous nous sommes dépêchés de fonder
une famille et, en dix ans, nous avons
eu quatre enfants superbes.
Je
voulais lui faire une surprise pour nos dix ans de mariage en
organisant un
week-end en amoureux, à Saint-Pétersbourg.
J’ai entrepris seule les démarches.
J’allais chercher son acte de naissance pour le passeport et,
là, j’ai découvert
qu’avant de me rencontrer, il avait été
marié civilement durant deux ans.
J’ai
bondi à l’hôpital lui demandant de
s’expliquer. Il m’a raconté une vague
histoire. À la fin, il m’a dit :
“j’ai toujours voulu te parler de cette
bêtise de jeunesse, mais, quand je te voyais dans ton milieu
coincé, je me suis
dit que jamais tu ne me comprendrais !” Je lui ai
répondu que, jusqu’à
nouvel ordre, ce n’était pas la peine
qu’il rentre à la maison. Je ne pouvais
plus accepter chez moi un homme qui avait connu une autre femme.
Je
vais demander le divorce. Mais, avant tout, je veux m’assurer
que j’obtiendrai
la déclaration de nullité de mon mariage
religieux, le vrai mariage : il
ne peut pas être valide puisqu’il est
bâti sur un mensonge.
Effectivement,
le mariage est l’union de tel
homme avec telle femme. Il ne peut pas être bâti
sur un
mensonge, même par
omission, sur un élément, antérieur au
mariage, mettant en cause gravement la
vie conjugale.
Il y aurait une erreur sur la personne ou du moins sur une
qualité essentielle. L’enquête portera
sur l’importance de cet élément et son
caractère inconnu ou caché, consciemment ou non.
Porte-t-il atteinte à la vie
conjugale ?
Parmi
les éléments essentiels du mariage, il y a
l’ouverture du couple à la venue
d’enfants. La capacité d’avoir des
enfants est implicite à l’engagement. Si
l’un se sait stérile avant le mariage et le cache
à l’autre, le mariage est
nul. Si cette stérilité n’est connue du
couple qu’après le mariage, le mariage
n’est pas nul. Ce n’est donc pas la
stérilité qui rend nul le mariage, mais le
fait de la cacher, voire simplement de ne pas en avoir parlé
si on le savait.
Dans
le cas ci-dessus, Hélène,
d’éducation traditionnelle, ne pouvait que se
marier
avec un homme n’ayant pas connu d’autre histoire
d’amour. Alexandre s’en
doutait un peu puisqu’il ne le lui a pas dit. Cette omission
lui a permis
d’épouser Hélène. Il y a
donc une forme de tromperie pour obtenir le
consentement conjugal.
5. Olivier
Étudiant
en agronomie, je suis parti à 22 ans pour la Pologne
bénéficiant d’une bourse
d’échanges avec mon IUT. D’origine
agricole, je rêvais de pouvoir moderniser
l’exploitation familiale et diffuser les produits de la
ferme. J’ai rencontré
là-bas Dolorès, une jeune espagnole, qui avait un
peu la même histoire que la
mienne.
Nous
avons uni nos préoccupations et un peu aussi nos solitudes.
Au bout de quelques
mois, nous partagions la même chambre. Et, un beau jour,
Dolorès était
enceinte. Nous étions heureux et nous avons
échafaudé un projet pour annoncer
cela à nos parents et envisager
l’avenir : j’achevais mon cycle de
formation tandis que Dolorès rentrait chez elle et, une fois
la naissance
arrivée, nous célébrions notre mariage
et nous nous installions dans
l’exploitation familiale en Flandre.
L’accueil
fut extra en Espagne. Notre petit Esteban fut le bienvenu. Mais
Dolorès retardait
sans cesse notre départ vers la France. Moi, patient,
j’essayais de trouver du
travail. C’était difficile : mon espagnol
était insuffisant et je n’avais
pas de diplôme reconnu. Tout le temps que je passais
à chercher du travail
m’éloignait de Dolorès et
d’Esteban,
Un
beau jour, j’en ai eu marre. J’ai pris Esteban et
je suis retourné en France,
chez mes parents. Trois jours plus tard, j’ai vu arriver
Dolorès qui se disait
toujours amoureuse. Mais il n’y avait rien à
faire : elle ne pouvait vivre
qu’en Espagne et Esteban était son fils. Nous nous
sommes quittés très fâchés
dans une impossible entente.
J’ai
engagé la procédure de divorce. Le
procès n’est pas facile, à cause des
problèmes de nationalité et la famille de
Dolorès fait tout pour récupérer
Esteban.
Je cherche aussi à obtenir l’annulation de mon
mariage religieux. Je pense que
je n’ai pas assez évalué tout ce que
représentait pour moi le mariage avec une
non française De
plus, aux yeux de mes
parents, il fallait que j’épouse le
mère de mon enfant. Tout cela fait que je
ne me suis pas engagé en toute liberté.
Le mariage,
c’est quitter
son père et sa
mère
pour ne faire plus qu’un avec son conjoint. Ne pas comprendre
cela
altère la validité de l’engagement.
L’enquête portera sur
l’intention des jeunes
gens au moment de se marier. Ont-ils réalisé les
implications concrètes de leur
union ou ont-ils seulement manqué de courage pour les
réaliser ?
Pouvaient-ils se détacher de leurs familles ? La
naissance a-t-elle
provoqué le mariage ou seulement avancer la date du
mariage ?
Le
mariage ne sera déclaré nul que si on apporte la
preuve de la mainmise
familiale sur l’engagement des jeunes gens. On parle alors
d’un manque de
liberté interne. L’enquête sera
délicate et nécessitera peut-être une
expertise
psychologique.
6.
Grégory
Avec
les copains de ma cité, j’arrangeais des
mobylettes, puis des voitures. J’ai
raté mon C.A.P., car l’école ne me
disait rien. Quand j’avais dépanné leur
voiture, souvent les copains me payaient un coup à boire. Au
boulot, mon patron
n’aimait pas ça. Aussi, quand
l’armée m’a proposé de
m’engager après le
service, j’ai marché et me suis trouvé
diéséliste sur un bateau. J’ai fait le
tour du monde. Je ne vous dis pas les virées aux
escales ! Quand je
rentrais dans la cité en permission, les filles me couraient
après, à cause du
pompon rouge de mon bel uniforme de marin !
J’étais bien avec Vanessa. Ses
parents n’aimaient pas
trop que je reste dans la Marine. Tout le monde a
été content de savoir que mon
engagement ne serait pas renouvelé. Mais je n’ai
pas dit la vraie raison. Je
n’étais pas bien noté à
cause de mes cuites. Vanessa et moi, on s’est
marié.
Mon ancien patron m’a repris pensant que mon passage
à l’armée m’avait
changé.
Quelques mois plus tard, il m’a viré. Ne rien
faire n’a pas arrangé les choses.
Un jour que j’étais saoul, j’ai
même frappé Vanessa. Ses parents ont dit que
cela ne pouvait pas durer. On a divorcé à
l’amiable, sinon ils révélaient
toutes les conneries que j’avais faites.
Ça
m’a fait réfléchir. Un ancien bon
copain m’a aidé. J’ai
rencontré sa sœur
aussi. Ils m’ont dit tous deux que je devais me soigner.
Ça n’a pas été facile.
Grâce à eux, j’ai pu retrouver un
boulot. J’ai aussi compris que j’étais
tombé
amoureux de la sœur du copain. On voudrait se marier. Elle
tient à se marier à
l’église. Cette fois, c’est du
sérieux, tandis qu’avec Vanessa, je ne savais
pas ce que je faisais. Le curé de la paroisse m’a
dit qu’il y avait peut-être
une nullité.
Le
mariage est un acte libre qui engage pour
toute la vie. Il ne peut pas être pris par
quelqu’un devenu dépendant de
l’alcool ou de la drogue. Comment en effet émettre
un acte libre quand c’est
l’alcool ou la drogue qui dirige ? De plus, comment
bâtir, dans cet état,
une communauté de vie et d’amour avec une autre
personne ? Bien
évidemment, le droit de se marier est sacré. Mais
il ne faut pas confondre
mariage et cure de désintoxication. Avant de se marier,
l’alcoolique ou le
drogué ira se soigner. Et l’amour naissant sera un
élément supplémentaire
favorable à la guérison.
L’enquête
portera donc sur l’état de santé de
Grégory et les soins éventuels qu’il
aura
reçus. L’alcoolisme sera aussi replacé
dans l’ensemble de la personnalité.
Grégory avait-il la
capacité psychologique de comprendre ce que veut dire la
vie couple et de la réaliser ?
En conclusion
Chaque
situation est toujours unique. L’Église
s’efforce d’en tenir compte. Elle
accomplit là sa mission de vérité et
de paix vis-à-vis de ceux qui souffrent
dans leur vie familiale. Il ne faut pas hésiter à
se renseigner.
L’Église
défend aussi la valeur du mariage religieux, cadeau
(sacrement) donné par le
Christ à tous les hommes. Elle ne peut donc se rallier
à cette idée : on
ne s’aime plus, on se sépare. Elle encourage les
époux à faire grandir chaque
jour leur amour… et à se pardonner comme le
Christ nous pardonne.
La
invalidité
d’un mariage est donc chose rare, sinon ce serait faire peu
de cas de la parole
humaine, du “oui” échangé un
beau jour. Les époux divorcés, les
divorcés qui se
remarient civilement, ont toujours à se remettre sous le
regard de Dieu pour
faire la lumière sur leur vie et, le cas
échéant, demander sa miséricorde.
Renseignements :
Officialité de Lille (officialite-lille@wanadoo.fr
ou
03 20 74 28 91)
Adresse postale : 68, rue
Royale, 59042 LILLE CEDEX
Voir aussi des sites web, entre
autres :
perso.wanadoo.fr/officialite-dijon/nullitesdemariage.htm
www.le-mariage.com/remariage/
www.diocese-lgf.ch/officialite.htm
catholique-nanterre.cef.fr/faq/mariage_divorce.htm
pastoralefamiliale.free.fr/cplnullitesdemariage.htm
Et plein de sites, dont de
nombreux sites américains
ou canadiens. Se méfier des différences de
culture juridique suivant les pays.
Quelques livres ou
extraits :
VERNAY Jacques, L’Eglise
casse-t-elle les
mariages ?, Fleurus/Tardy, Paris, 1990, 90 pages.
LEONARD André-Mutien,
Mgr, Séparés, divorcés,
remariés, l’Eglise vous aime,
éditions de l’Emmanuel, Paris, 1996,
chapitre V : « le recours à la
déclaration de nullité du
mariage »,
p. 47-57.
VERE Pete et TRUEMAN Michael, Le
droit canon à la
portée de tous, Novalis, Montréal,
2006, chapitre 14 : « le
mariage et sa nullité », p. 167-177.
Et des articles dans des
revues :
« Divorce
à la catholique », La Vie,
n° 3060, 22 avril 2004.
« Nullité de mariage :
comment l’Eglise
enquête », Famille
chrétienne, n° 1484, 24-30 juin 2006.
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